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Routes

11 La Neue Aula

La Neue Aula
La Neue Aula, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
Le gouverneur Guillaume Widmer
Le gouverneur Guillaume Widmer (premier plan à gauche) avec d’autres militaires français devant la Neuen Aula, droits : Schwäbisches Tagblatt
René Cheval, le général Marie-Pierre Koenig et le recteur Theodor Steinbüchel (de gauche à droite) dans la Neue Aula, le 5 juillet 1946, photographie : Rotophot, droits : Archives municipales de Reutlingen
René Cheval, le général Marie-Pierre Koenig et le recteur Theodor Steinbüchel (de gauche à droite) dans la Neue Aula, le 5 juillet 1946, photographie : Rotophot, droits : Archives municipales de Reutlingen

11 La Neue Aula

Geschwister-Scholl-Platz, 72074 Tübingen

La vie académique reprit son activité à partir d’octobre 1945. La Neue Aula était au centre de celle-ci et fut aussi utilisée comme tribunal par les autorités d’occupation.

L’Université de Tübingen fut l’une des premières universités en Allemagne à rouvrir après la guerre. Lors de son allocution dans la salle des fêtes de la Neue Aula, le gouverneur Guillaume Widmer rappela les manquements de la science sous la période national-socialiste. En même temps, il confia une mission politique aux professeurs et enseignants présents : « Le monde a souffert d’une étrange et terrible maladie : une lèpre, dont il convient de le guérir. C’est la tâche, Messieurs, que vous entreprenez. […] L’idéal Démocratique ne saurait s’accomplir sans une éducation. Ici encore c’est l’Université qui sera le guide de ceux qui cherchent. »

Plus de 3000 étudiants purent s’inscrire à l’université au cours du premier semestre d’après-guerre. Un millier de candidats furent refusés. Seule une partie de l’ancien bâtiment universitaire était à disposition, les bibliothèques de l’université avaient été déplacées, et trente enseignants avaient perdu leur habilitation à donner des cours en raison de la politique de dénazification. D’autres enseignants étaient tombés sur le champ de bataille ou avaient été faits prisonniers. Avec le soutien actif du gouvernement militaire français et de son officier de liaison à l’université René Cheval, on réussit bientôt à faire venir à Tübingen plusieurs professeurs renommés, parmi lesquels le philosophe Romano Guardini, le théologien Helmuth Thielicke, le biochimiste Adolf Butenandt et le professeur de pédagogie Eduard Spranger.

Au cœur de la vie académique, qui avait repris son activité, se trouvait la Neue Aula. En novembre 1945, le théologien Karl Barth y créa des remous en attirant l’attention sur la responsabilité collective des Allemands dans le national-socialisme. Grâce à l’aide alimentaire Hoover, les étudiants pouvaient apaiser leur faim gratuitement dans la Neue Aula. Celle-ci était importante aussi pour la ville et pour le Land du Wurtemberg-Hohenzollern : les salles du Sénat servaient pour les délibérations des représentants du gouvernement militaire. Étant donné que le palais de justice était utilisé par les autorités d’occupation, la cour d’appel et la cour des comptes régionales siégèrent également dans la Neue Aula à partir de juin 1946.

La place située devant la Neue Aula fut rebaptisée en août 1945, tout comme environ 70 rues et places de la ville. Le nom « Schollplatz » (plus tard « Geschwister-Scholl-Platz ») devait honorer la résistance menée par le groupe dit de la « Rose blanche », à peine connu à l’époque, et faire figure d’exemple pour les étudiants en matière de courage civique et de conscience démocratique.

Jonathan Schilling et Johannes Großmann

Pour plus d’informations

Manfred Schmid et Volker Schäfer (éd.), Wiedergeburt des Geistes. Die Universität Tübingen im Jahre 1945, Tübingen, Universitätsarchiv, 1985.

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Guillaume Widmer devant la Neue Aula
Guillaume Widmer devant la Neue Aula, détail d’une photo, droits : Schwäbisches Tagblatt

Guillaume Widmer (1906–1968) fut le gouverneur français du Wurtemberg-Hohenzollern de 1945 à 1952. Cet ancien banquier avait servi dans l’armée en Indochine entre 1939 et 1941. Plus tard, il résista activement contre l’occupation allemande. Sous son mandat, Tübingen devint le centre culturel et administratif du Wurtemberg-Hohenzollern. À partir de 1954, il travailla comme fonctionnaire au ministère français de la Défense. (F.R.)


René Cheval, 1946
René Cheval, 1946, détail d’une photo, photographie : Rotophot, droits : Archives municipales de Reutlingen

René Cheval (1918–1986) était un germaniste français. Il arriva à l’âge de 26 ans seulement à Tübingen, en 1945. En tant qu’officier de liaison, il s’occupa de la dénazification de l’université et veilla à donner un nouveau souffle aux échanges académiques. En tant que directeur du Centre d’Études Françaises, il coopéra étroitement avec le séminaire de langues romanes de l’université dès 1948. En 1951, il fut le premier directeur de l’Institut Français de Stuttgart. (M.O./F.R.)


10 Le cimetière français

Ancien cimetière militaire français
Ancien cimetière militaire français, aujourd’hui parking derrière le Kupferbau, printemps 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
Cimetière militaire français, mai 1946
Cimetière militaire français, mai 1946, photographes : frères Metz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg

10 Le cimetière français

Gmelinstraße 5A, 72076 Tübingen

Dans les années d’après-guerre, un cimetière militaire français se trouvait derrière le Kupferbau actuel. La plupart des tombes furent finalement transférées en France.

Juste après la fin de la guerre, on installa un cimetière pour les soldats français à côté du cimetière municipal dans la Gmelinstraße. On y enterra d’abord des soldats qui étaient morts avant et après l’invasion de Tübingen. Au cours des semaines et des mois qui suivirent, on continua d’utiliser le cimetière, qui contint bientôt plus de 100 tombes. On y inhuma notamment des soldats marocains et sénégalais des troupes coloniales, mais aussi des travailleurs forcés originaires d’Europe de l’Est et victimes du nazisme. La dernière inhumation connue eut lieu en 1948. Ensuite, jusqu’au début des années 1950, la plupart des corps furent rapatriés dans leur pays d’origine. En 1952, il restait huit tombes d’adultes, pour la plupart de soldats africains, que personne ne s’était occupé de rapatrier. Il y avait en outre une cinquantaine de tombes d’enfants. Le plus souvent, leurs pères étaient des membres des forces d’occupation et leurs mères étaient allemandes. L’administration militaire française n’était pas prête à transférer ces ossements d’enfants en France.

Dès le début des années 1950, l’administration de Tübingen s’intéressa au terrain du cimetière. Elle voulait y construire une école maternelle. L’installation d’un parc ou d’une église protestante était également en discussion. Finalement, ces plans échouèrent car la ville et les forces d’occupation ne parvinrent pas à se mettre d’accord sur l’endroit le plus approprié pour déplacer le cimetière. L’armée française voulait déplacer les sépultures de guerre de toute la région à Tübingen et y installer une sorte de cimetière central français pour le Bade-Wurtemberg. Certes, dans un premier temps, la ville de Tübingen se dit prête à mettre à disposition un espace sur le Bergfriedhof et à prendre en charge les coûts pour le transfert des huit tombes restantes Gmelinstraße. Mais les Français réclamèrent finalement un espace qui accueillerait jusqu’à 250 tombes. Pour l’administration municipale, cela allait trop loin. Elle renonça au projet et se mit à la recherche d’un autre endroit pour l’école maternelle. Sur le terrain entre le Kupferbau et le cimetière de la ville se trouve aujourd’hui un parking.

Lukas Kuhn

Pour plus d’informations

Udo Rauch et Antje Zacharias (dir.), Sieben Jahre Landeshauptstadt. Tübingen und Württemberg-Hohenzollern 1945 bis 1952, Tübingen, Kulturamt, 2002.


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9 L’ancienne clinique gynécologique

L’ancienne clinique gynécologique
L’ancienne clinique gynécologique, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
La clinique gynécologique, 1961, photographes : probablement les frères Metz, droits : Archives municipales de Tübingen
La clinique gynécologique, 1961, photographes : probablement les frères Metz, droits : Archives municipales de Tübingen
Maison de la corporation étudiante Rothenburg, Schlossbergstrasse 23
Maison de la corporation étudiante Rothenburg, Schlossbergstrasse 23, carte postale des frères Metz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg

9 L’ancienne clinique gynécologique

Schleichstraße 4–8, 72076 Tübingen

En 1945, de nombreuses femmes violées par des soldats français se firent examiner dans la clinique gynécologique.

De nombreuses Tubingeoises furent violées par des soldats français, en particulier dans les premiers jours qui suivirent l’invasion. Une femme témoigne : « Partout à Tübingen, on entendait des femmes et des jeunes filles crier à l’aide. Nous étions toutes terrifiées. » Beaucoup de femmes se cachèrent durant des jours. Quelques-unes se défendirent courageusement. Le bilan resta malgré tout effrayant. Entre mai et septembre 1945, 977 victimes de violences sexuelles se firent examiner dans la clinique gynécologique de Tübingen dont presque 400 habitantes de la commune. Deux tiers d’entre elles s’étaient fait violer entre le 19 avril et le 8 mai. Ces femmes venaient se faire examiner par peur des maladies vénériennes ou parce qu’elles étaient enceintes. Il est difficile d’estimer le nombre de femmes qui n’ont rien dit ou qui se sont fait examiner ailleurs.

Les violences sexuelles sont un phénomène fréquent en période de guerre, qui s’est produit presque partout en Allemagne lors de l’invasion des Alliés. Des soldats allemands également violèrent des millions de femmes au cours de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, de nombreux Tubingeois ont perçu cette violence comme étant une caractéristique inhérente aux occupants français et à leurs troupes coloniales. Dans un contexte de censure de la presse, les prophéties apocalyptiques de la propagande national-socialiste, les faits réels et les rumeurs se mêlèrent à l’image caricaturale et raciste du violeur « marocain ». Fait particulièrement révélateur, la couleur de peau des coupables était décisive pour décider si une femme pouvait avorter ou non. Ce critère servait au médecin lorsqu’il prenait une décision au nom des autorités municipales. Ceci a pu inciter les victimes de viol à désigner les soldats coloniaux comme coupables. Quelques « enfants de guerre » furent probablement inhumés dans le cimetière militaire français.

Certes, les violeurs étaient menacés de peine de mort. Mais tant que la guerre n’était pas encore finie et que l’administration militaire n’était pas établie solidement, il était difficile d’attraper les coupables. Pour contenir les actes de violence, les forces d’occupation firent pression pour que soient installées ce que l’on appelait des maisons de tolérance. Des femmes s’y prostituaient pour les soldats d’occupation en principe « sans se sentir forcées ». En France, jusqu’en 1946, les maisons de tolérance étaient encore une pratique courante, régulée par la loi. Elles devaient permettre de contrôler les prostituées et d’éviter que des maladies vénériennes ne se répandent. L’un de ces bordels s’est brièvement trouvé dans la maison de la corporation étudiante Rothenburg sur le Schloßberg. Toutefois, les Tubingeois ne virent pas la présence de ces maisons comme un moyen d’éviter davantage de viols, mais comme une atteinte à leur morale bourgeoise.

Johannes Großmann

Pour plus d’informations

Elke Gaugele, « Nun sollten wir zu spüren bekommen, was Erobertwerden heißt ». Erfahrungen von Frauen im Landkreis Tübingen beim Einmarsch der französischen Besatzungstruppen, in : Tübinger Blätter 82 (1996), p. 28–32.

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8 Le « Museum »

Le « Museum »
Le « Museum », automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
Le Landestheater et le cinéma dans le « Museum » vers 1955
Le Landestheater et le cinéma dans le « Museum » vers 1955, photographe : Alfred Göhner, droits : Archives municipales de Tübingen
Margot Bieler et Hans Messemer dans la représentation en plein air de Roméo et Juliette
Margot Bieler et Hans Messemer dans la représentation en plein air de Roméo et Juliette sur la Marktplatz, droits : Archives municipales de Tübingen

8 Le « Museum »

Am Stadtgraben 2, 72074 Tübingen

Dans le « Museum » eurent lieu les premières représentations théâtrales et cinématographiques d’après-guerre, avec le soutien du gouvernement militaire français.

La traditionnelle société des musées, qui était initialement un simple cercle de lecture, s’est peu à peu transformée en un forum de citoyens cultivés qui promouvaient la littérature, le théâtre et la musique. En 1822, la société emménagea dans un nouveau bâtiment classique, au Stadtgraben. Le « Museum », élargi et réaménagé plusieurs fois, devint un centre de la vie culturelle de la ville avec ses salles de théâtre, de concert et de cinéma.

Ainsi, il n’est pas surprenant que la première représentation théâtrale d’après-guerre à Tübingen ait eu lieu au « Museum » le 14 août 1945. Un groupe d’étudiants joua Pygmalion de George Bernard Shaw et La cruche cassée de Heinrich von Kleist. Sur la Marktplatz, une jeune troupe d’acteurs présenta Roméo et Juliette en plein air, représentation qui fut à l’origine de la création du théâtre municipal. Celui-ci commença son activité sous la direction de Günther Stark le 19 octobre. C’est ainsi que Tübingen posséda le premier théâtre de son histoire. Dans la troupe, il y avait des célébrités du théâtre et du cinéma de l’époque telles Erika von Thellmann et Elisabeth Flickenschildt. Carlo Schmid soutenait et encourageait le théâtre. Sa réécriture de Mañana serà otro dia de Pedro Calderón fut représentée pour la première fois en janvier 1946. En 1950, le théâtre municipal devint le Landestheater (théâtre régional) du Wurtemberg-Hohenzollern.

Le cinéma « Museum » reprit lui aussi son activité, le 18 août 1945. On diffusa des films allemands et français. Deux mois plus tôt déjà, le 17 juin, un premier concert de musique de chambre avait eu lieu dans la salle des fêtes de la Neue Aula. L’orchestre de chambre de la ville tout juste créé inaugura sa première saison le 11 novembre. Des œuvres classiques mais aussi contemporaines comme celles de Paul Hindemith et Harald Genzmer étaient au programme. Les expositions du Kunstgebäude attirèrent par ailleurs rapidement des dizaines de milliers de visiteurs.

La culture fut en effet un élément constitutif de la politique sécuritaire des Français. Les occupants voulaient faire des Allemands de bons démocrates en les formant et en les rééduquant. En même temps, ils espéraient gagner du prestige face aux autres puissances d’occupation. En tant que capitale du Land, Tübingen devint la vitrine de cette politique. Des observateurs contemporains reprochèrent toutefois au gouvernement militaire un activisme culturel qui masquait la dureté de leur politique d’occupation.

Johannes Großmann et Thomas Theurer

Pour plus d’informations

Edgar Lersch, « Das Kulturleben in der Stadt Tübingen vom Zusammenbruch bis zur Währungsreform (1945–1948) », in : Zeitschrift für Württembergische Landesgeschichte 43 (1984), p. 327–354.

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Carlo Schmid en campagne politique
Carlo Schmid en campagne politique, photographie privée prêtée par Martin Schmid

Carlo Schmid (1896–1976) fut l’un des acteurs politiques les plus influents de la période d’après-guerre à Tübingen. Ce juriste né en France était membre de la Demokratische Vereinigung et encouragea fortement la dénazification de l’université et de l’administration. En décembre 1946, cet homme politique de la SPD devint responsable pour la justice et président du secrétariat d’État du Land de Wurtemberg-Hohenzollern. Il fut plus tard l’un des « pères » de la République fédérale d’Allemagne. (C.M./F.R./J.G.)


7 L’Économat

Neue Straße 1, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
Neue Straße 1, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
La vitrine de l’Économat dans l’ancien grand magasin Euler
La vitrine de l’Économat dans l’ancien grand magasin Euler avec le portrait de Charles de Gaulle, août 1946, photographe : Metz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg
L’Économat à la Katharinenstraße 29
L’Économat à la Katharinenstraße 29, photographe : Majerczyk, droits : Archives municipales de Tübingen

7 L’Économat

Neue Straße 1, 72070 Tübingen

Dans les Économats, les membres des forces d‘occupation pouvaient acheter des produits français.

Dans l’immédiat après-guerre, la situation du ravitaillement était extrêmement tendue. Cette pénurie de biens de consommation s’expliquait en premier lieu par l’économie de guerre allemande, qui avait eu des conséquences désastreuses sur les systèmes financier et économique. Celles-ci étaient cependant dissimulées par l’exploitation systématique des régions occupées par l’Allemagne. En 1945, cette économie de pillage des territoires occupés s’effondra. De nombreux Allemands rendirent les Alliés responsables de la pénurie alimentaire et des prix exorbitants du marché noir. Cela était particulièrement vrai pour la zone d’occupation française avec sa structure économique fragile. Encore en 1948, un tract anonyme affirmait que les troupes françaises « se nourrissent […] avidement des réserves du pays. À cette armée d’occupation s’ajoutent des civils Français en grand nombre, ainsi que toute une foule de Français présents illégalement. Et tous savent bien s’alimenter sur les réserves du pays ! »

Dans les faits, des magasins furent aménagés spécialement pour couvrir les besoins quotidiens des occupants. Le premier grand magasin français de Tübingen ouvrit le 23 août 1945 sur la place Holzmarkt (Neue Straße 1), dans le magasin de vêtements Haidt qui avait été confisqué. Dans un premier temps, ce grand magasin fut ravitaillé par la ville sur décision des autorités militaires locales. En février 1946, ce magasin devint un Économat, à la suite de quoi il fut intégré dans un système de commerces pour l’approvisionnement des forces armées françaises contrôlé par elles. De nouveaux Économats virent le jour à différents endroits : dans l’ancien grand magasin Euler sur la Marktplatz ; à la Neue Straße 4 où se trouvait autrefois la pâtisserie Bausch ; et au rez-de-chaussée de la Pomonahaus, à la Neckargasse 22. Tous ces magasins proposaient principalement des produits français. Ils étaient réservés aux soldats français, aux membres de l’administration d’occupation et à leurs familles, et contribuèrent à ce que ceux-ci se sentent appartenir à une communauté de Français à l’étranger. Seul le Magasin du Gouvernement Régional à la Kronenstraße 13 fut également ouvert à la population locale, dès janvier 1946.

Les derniers magasins français du centre-ville fermèrent en 1955, tandis qu’un nouveau, grand Économat fut inauguré dans l’un des nouveaux bâtiments construits à côté de la caserne Loretto, Katharinenstraße 29. Celui-ci fonctionna jusqu’au retrait de la garnison française. En 2005, la Tübinger Tafel s’y installa.

Johannes Großmann et Bianca Hofmann

Pour plus d’informations

Udo Rauch et Antje Zacharias (dir.), Sieben Jahre Landeshauptstadt. Tübingen und Württemberg-Hohenzollern 1945 bis 1952, Tübingen, Kulturamt, 2002, p. 73–75.

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6 La cantine Prinz Karl

La cantine Prinz Karl
La cantine Prinz Karl, automne 2015, photographe : Matthieu Osmont
Le foyer de la garnison dans le bâtiment de la cantine Prinz Karl, Hafengasse 6
Le foyer de la garnison dans le bâtiment de la cantine Prinz Karl, Hafengasse 6, photographe : frères Metz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg
Soupe populaire au Sozialamt de Tübingen, des femmes préparent les repas, vers 1950
Soupe populaire au Sozialamt de Tübingen, des femmes préparent les repas, vers 1950, droits : Archives municipales de Tübingen

6 La cantine Prinz Karl

Hafengasse 6, 72070 Tübingen

La cantine, située dans l’ancien hôtel Prinz Karl, fut réquisitionnée par les occupants français. Les étudiants durent ainsi se rendre dans d’autres endroits pour prendre des repas chauds.

La cantine Prinz Karl tire son nom du roi du Wurtemberg Karl Ier, qui étudia à Tübingen lorsqu’il était prince. Ce bâtiment construit à la fin du 15e siècle est porteur d’une longue histoire. Il fut pendant longtemps un hôtel, et le médecin Alois Alzheimer y logea en tant qu’étudiant, ce que rappelle une plaque commémorative à côté de l’entrée. La période qui suivit la Première Guerre mondiale fut difficile d’un point de vue économique. Le Studentenwerk (œuvre universitaire) de Tübingen servait à l’époque des repas chauds aux étudiants et mettait à disposition les anciennes chambres d’hôtel, qui firent office de résidence universitaire.

Après l’invasion des troupes françaises en avril 1945, le bâtiment fut réquisitionné pour héberger les occupants, tout comme d’autres hôtels et foyers de Tübingen. Mais ravitailler les étudiants à bon prix était plus nécessaire que jamais, à un moment où la sous-alimentation était dramatique. Dans la Neckarmüllerei, on installa un nouveau restaurant universitaire qui servait un plat nourrissant une fois par jour. En outre, au cours de l’été 1946, le maire Adolf Hartmeyer mit en place une soupe populaire dans la Kornhaus (Kornhausstraße 10, où se trouve aujourd’hui le Stadtmuseum), ouverte aux étudiants mais aussi aux autres Tubingeois qui étaient dans le besoin.

Les Américains apportèrent également leur contribution au ravitaillement en vivres dans la zone d’occupation française. Il y avait les colis de ravitaillement (CARE-Pakete) inventés par Otto Robert Hauser, un Suisse originaire de Kilchberg qui avait émigré aux États-Unis, mais aussi à l’aide alimentaire Hoover (Hoover-Speisung), initiés par l’ancien président des États-Unis Herbert Hoover. Grâce à cette initiative, les étudiants pouvaient aller chercher gratuitement un plat fait à base de riz ou de lait dans le hall d’entrée de la Neue Aula. Ils devaient toutefois apporter leur propre gamelle. Malgré ces différentes mesures, la nourriture était tout juste suffisante à Tübingen. C’est pourquoi on ne pouvait s’inscrire à l’université qu’à la condition de ne « pas être une charge pour la ville de Tübingen du point de vue du ravitaillement ». Le foyer et la cantine Prinz Karl furent remis définitivement à disposition des étudiants de Tübingen en 1952.

Jonathan Schilling et Jana Flicker

Pour plus d’informations

Udo Rauch et Antje Zacharias (dir.), Sieben Jahre Landeshauptstadt. Tübingen und Württemberg-Hohenzollern 1945 bis 1952, Tübingen, Kulturamt, 2002, p. 45, 65s., 118, 128.

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Le maire Adolf Hartmeyer sur le balcon de la mairie
Le maire Adolf Hartmeyer sur le balcon de la mairie, photographe : Carl Näher, droits : Archives municipales de Reutlingen

Adolf Hartmeyer (1886–1953) fut maire de Tübingen de 1946 à 1948. Cet imprimeur que les nationaux-socialistes avaient interdit d’exercer sa profession adhéra à la Demokratische Vereinigung (regroupement démocratique) après la fin de la guerre. En 1946, cet homme politique de la SPD fut nommé maire et confirmé dans ses fonctions lors des élections municipales de novembre. Il travailla en particulier à améliorer la situation alimentaire ainsi que la crise du logement. (F.R.)


5 L’église catholique St. Johannes

L’église St. Johannes, automne 2015
L’église St. Johannes, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
L’église St. Johannes, carte postale non datée, droits : Archives municipales de Tübingen
L’église St. Johannes, carte postale non datée, droits : Archives municipales de Tübingen
L’église St. Michael, Hechinger Straße 45, carte postale des frères Metz, photographe : G. Lutz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg
L’église St. Michael, Hechinger Straße 45, carte postale des frères Metz, photographe : G. Lutz, droits : Haus der Geschichte Baden-Württemberg

5 L’église catholique St. Johannes

Froschgasse 4, 72070 Tübingen

En mai 1946, trois drapeaux français situés sur le portail de l’église catholique St. Johannes furent dérobés. Le gouvernement militaire réagit en prenant de lourdes sanctions.

À partir du 16e siècle, Tübingen devint un centre spirituel du protestantisme. Ce ne fut qu’au 19e siècle qu’une communauté catholique notable vit le jour. À partir de 1817, on forma des théologiens catholiques et des candidats au sacerdoce à la Wilhelmstift, l’ancien Collegium Illustre. La Johanneskirche, église catholique néogothique, fut construite entre 1875 et 1878. En mai 1946, la Johanneskirche fut le théâtre d’un incident qui pesa quelque temps sur les relations entre les Tübingeois et les occupants. Hermann Werner écrit dans sa chronique : « Le dimanche 12 mai, jour de la célébration de la capitulation allemande, une fête en l’honneur de la victoire des forces d’occupation eut lieu aussi à Tübingen, avec un défilé militaire devant l’université. La journée se termina par un office solennel dans l’église catholique. Trois drapeaux français furent hissés pour cette occasion sur le portail de l’église et plus tard enlevés par des personnes dont on n’a jamais découvert l’identité. » Le commandant français y vit un acte de sabotage national-socialiste. Il donna l’ordre que la ville hisse le drapeau tricolore sur l’église pendant un mois et fasse surveiller celle-ci 24 heures sur 24 par d’anciens membres du parti national-socialiste. Il exigea que la ville livre 100 drapeaux français au gouvernement militaire avant le 16 juin. Pendant deux jours, toutes les manifestations publiques furent interdites. Un couvre-feu provisoire fut à nouveau instauré, entre minuit et 4 heures du matin.

D’ailleurs, ce n’était peut-être pas un hasard si l’église catholique fut le théâtre d’un tel événement. Aux yeux des Tubingeois, majoritairement protestants, le catholicisme a profité dans une certaine mesure des « faveurs des Français ». Un grand nombre d’officiers et de soldats français étaient des catholiques pratiquants. Dans la Johanneskirche, des aumôniers militaires célébraient des messes françaises. On portait également un regard soupçonneux sur les mesures en faveur de la faculté de théologie catholique ainsi que sur la construction d’une deuxième église catholique achevée en 1949, l’église St. Michael, dans le sud de la ville, à proximité de la caserne Loretto. En réalité, on ne peut pas prouver que le catholicisme ait été privilégié sciemment. Le gouvernement militaire n’avait certes pas de politique anticléricale. Mais il travaillait avec les représentants des deux confessions, qu’il estimait en tant qu’autorités morales.

Johannes Großmann

Pour plus d’informations

Udo Rauch et Antje Zacharias (dir.), Sieben Jahre Landeshauptstadt. Tübingen und Württemberg-Hohenzollern 1945 bis 1952, Tübingen, Kulturamt, 2002, p. 47.

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4 Le restaurant zum Pflug

Restaurant zum Pflug
Le restaurant zum Pflug, Neustadtgasse, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
Restaurant zum Pflug, Neustadtgasse
Le restaurant zum Pflug, Neustadtgasse, photographe : Ingeborg Dehner-Helle, droits : Archives municipales de Tübingen

4 Le restaurant zum Pflug

Neustadtgasse 11, 72070 Tübingen

Les réunions de la Demokratische Vereinigung (rassemblement démocratique) dans le restaurant zum Pflug marquèrent un nouveau départ de la vie politique après douze ans de dictature national-socialiste.

Avant de fermer en 2012, le restaurant zum Pflug était l’une des auberges les plus traditionnelles de Tübingen. Durant les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale et sous l’occupation française, cet endroit joua un rôle important pour le renouveau démocratique après douze ans de dictature national-socialiste. Ici se réunissait, au début en secret, un « bloc antifasciste » de communistes et de socio-démocrates. Plus tard, ce rassemblement devint la Demokratische Vereinigung. Ce rassemblement qui se voulait au-dessus des partis regroupa également des libéraux et des conservateurs. Parmi les quelque 50 compagnons de la Demokratische Vereinigung, on comptait Carlo Schmid, Viktor Renner, Adolf Hartmeyer ou encore Otto Erbe. Leur objectif commun était un renouveau dans les domaines politique, administratif et économique sur des bases démocratiques et en collaboration avec les autorités d’occupation française.

Ainsi, durant une courte période, le petit restaurant zum Pflug devint un foyer de la vie politique à Tübingen et dans le Wurtemberg-Hohenzollern. La Demokratische Vereinigung soutint les efforts de dénazification du gouvernement militaire. Sur sa proposition, Viktor Renner fut nommé maire de Tübingen le 18 juin 1945. Mais les tensions entre les différents camps politiques conduisirent à la dissolution de la Demokratische Vereinigung en avril 1946. Ses membres restèrent actifs politiquement dans le cadre des partis à nouveau autorisés et reconstitués.

Sebastian Brenner et Constantin März

Pour plus d’informations

Michaela Häffner, Die Demokratische Vereinigung, 1945–1946. Eine Studie zur Nachkriegsgeschichte am Beispiel Tübingens, Tübingen, Kulturamt, 1997.

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Carlo Schmid en campagne politique
Carlo Schmid en campagne politique, photographie privée prêtée par Martin Schmid

Carlo Schmid (1896–1976) fut l’un des acteurs politiques les plus influents de la période d’après-guerre à Tübingen. Ce juriste né en France était membre de la Demokratische Vereinigung et encouragea fortement la dénazification de l’université et de l’administration. En décembre 1946, cet homme politique de la SPD devint responsable pour la justice et président du secrétariat d’État du Land de Wurtemberg-Hohenzollern. Il fut plus tard l’un des « pères » de la République fédérale d’Allemagne. (C.M./F.R./J.G.)

Viktor Renner
Viktor Renner, photographie : Foto-Dohm, droits : Archives municipales de Reutlingen

Viktor Renner (1899–1969) fut maire de Tübingen entre 1945 et 1946. En tant que membre de la Demokratische Vereinigung, ce juriste fut nommé maire provisoire en juin 1946. Il était en même temps représentant de Tübingen au Landtag. De 1946 à 1952, il fut ministre de l’intérieur du Wurtemberg-Hohenzollern, puis premier ministre de la Justice du Land de Bade-Wurtemberg. (T.K./F.R./J.G.)

Le maire Adolf Hartmeyer sur le balcon de la mairie
Le maire Adolf Hartmeyer sur le balcon de la mairie, photographe : Carl Näher, droits : Archives municipales de Reutlingen

Adolf Hartmeyer (1886–1953) fut maire de Tübingen de 1946 à 1948. Cet imprimeur que les nationaux-socialistes avaient interdit d’exercer sa profession adhéra à la Demokratische Vereinigung (regroupement démocratique) après la fin de la guerre. En 1946, cet homme politique de la SPD fut nommé maire et confirmé dans ses fonctions lors des élections municipales de novembre. Il travailla en particulier à améliorer la situation alimentaire ainsi que la crise du logement. (F.R.)

(Christian) Otto Erbe, les années 1940, droits: Archives ERBE
(Christian) Otto Erbe, les années 1940, droits: Archives ERBE

(Christian) Otto Erbe (1884–1965) était un entrepreneur tubingeois. En 1923, il reprit l’atelier de mécanique et d’optique créé par son grand-père. Le siège de l’entreprise et le point de vente se trouvaient au Holzmarkt 7. Il transforma l’entreprise en une entreprise industrielle pour les techniques médicales. Après la guerre, Otto Erbe, qui était ami avec Theodor Heuss, le premier Président fédéral, prit part à la création de la Demokratische Volkspartei (DVP), parti d’orientation Libérale. De 1946 à 1956, il fut membre du comité municipal de Tübingen, et fut premier adjoint de la ville dès 1948. (J.G.)

3 La Volkshochschule

« Silberburg » sur la Marktplatz
Le bâtiment de la « Silberburg » sur la Marktplatz, automne 2015, photographe : Bernhard Kleeschulte
La Volkshochschule, vitrine du Kommödle dans la Wilhelmstrasse, 1952, photographe : Kleinfeldt, droits : Archives municipales de Tübingen
La Volkshochschule, vitrine du Kommödle dans la Wilhelmstrasse, 1952, photographe : Kleinfeldt, droits : Archives municipales de Tübingen
La Volkshochschule, cours de dessin à main levée, 1951, droits : Archives municipales de Tübingen
La Volkshochschule, cours de dessin à main levée, 1951, droits : Archives municipales de Tübingen

3 La Volkshochschule

Wienergäßle 1, 72070 Tübingen

La Volkshochschule (université populaire), lieu d’éducation à la démocratie, fut créée en 1947 grâce au soutien des forces d’occupation.

Quelque 80 représentants de l’administration de la ville, de l’université et des églises se rendirent à l’assemblée constitutive de la Volkshochschule de Tübingen le 13 mars 1947. Le but affiché de la Volkshochschule était d’ « éduquer le peuple allemand d’un point de vue spirituel, moral et politique pour éveiller en lui un esprit d’humanité, de démocratie et de responsabilité sociale qui montrerait ses effets avec le temps ». Le gouvernement militaire français salua la création de la nouvelle offre éducative en laquelle il voyait une importante contribution à l’éducation démocratique de la population tubingeoise. Son soutien financier resta cependant limité.

Dès le début, la Volkshochschule suscita un grand intérêt auprès du public. Au premier trimestre, d’avril à juillet 1947, 1 744 personnes au total fréquentèrent les cours et les manifestations. À côté des cours de langues étrangères, on insista sur le travail d’éducation civique. Parmi les formateurs, on comptait le politologue Theodor Eschenburg et Else Berkman, femme politique de la SPD, qui s’engagea surtout pour l’éducation politique des femmes. Dès le début, la Volkshochschule fut indépendante politiquement, neutre d’un point de vue religieux et ouverte à toutes les couches de la société.

Lors des premières années, la Volkshochschule se heurta à des difficultés : les salles de cours étaient réparties dans toute la ville et les élèves devaient eux-mêmes apporter du bois de chauffage et des ampoules pour chauffer et éclairer les salles. Les bureaux furent d’abord installés dans le bâtiment dit de la « Silberburg » près de la mairie. On avait prévu dès le début de construire un bâtiment central, mais ce projet échoua en 1951 en raison d’un financement insuffisant. Pendant longtemps, la recherche d’un lieu fixe s’avéra infructueuse. Dans les années 1970, la Volkshochschule déménagea dans la Schwabenhaus au bord du Neckar. Depuis 1998, elle est hébergée dans une partie de l’ancienne caserne Loretto.

Pascal Huber et Lukas Kuhn

Pour plus d’informations

Dieter Barth et Wilfried Setzler (dir.), Sechzig Jahre Volkshochschule Tübingen. Eine Festschrift, Tübingen, Kulturamt, 2007.

 

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Theodor Eschenburg
Theodor Eschenburg, octobre 1960, photographe : Alfred Göhner, droits : Archives municipales de Tübingen

Theodor Eschenburg (1904–1999) fut professeur de sciences politiques à partir de 1952 et recteur de l’université de Tübingen entre 1961 et 1963. Il était coéditeur des « Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte » (cahiers trimestriels de l’histoire contemporaine), écrivit de nombreuses années pour le journal Die Zeit et s’engagea dans le domaine de l’éducation civique. Mais son rôle sous le Troisième Reich est controversé. D’après de récentes recherches, Eschenburg a participé activement à la politique d‘ « aryanisation » menée par le régime national-socialiste. (T.T./F.R.)